Mad Max

Le chef d’œuvre essence et cuir de George Miller.

Lorsque Mad Max sort en salle en 1979, personne ne s’attend à un tel choc culturel et esthétique. George Miller, médecin urgentiste de 34 ans, n’a réalisé qu’un seul court métrage et Mel Gibson, jeune acteur inconnu, est tout juste diplômé du NIDA. Autres symptômes de cette ignorance: le distributeur américain fait doubler certaines voix jugées trop ‘couleur locale’, et Mel Gibson n’apparaît que brièvement dans le film annonce original.

Malgré son petit budget de $350,000 et des interdictions en Suède et en Nouvelle Zélande, le film connaît rapidement un succès planétaire. Le public est captivé par la sensualité brute de son nouveau antihéros et par l’ultra violence d’un futur proche, pas si chimérique.Still_06b_MelGibson_as_MaxRockatansky__1424881890_90.211.35.223James McCausland, qui cosigne le scénario avec George Miller, raconte dans un article du Courrier Mail comment l’idée du combat pour l’essence s’est retrouvée au cœur du film: “en 1973 (…) la crise pétrolière a révélé la férocité avec laquelle les australiens défendaient leur droit à faire le plein. De longues files d’attentes se sont formées devant les stations services. Quiconque essayait de resquiller s’exposait à de la violence brute. George et moi avons écrit le script basé sur la thèse que les gens seraient capables de presque tout pour que leur véhicule continuent d’avancer.”

George Miller, lui, est marqué par son expérience de médecin urgentiste dans un hôpital de Sydney: “voir le genre de carnages qui résultent d’accidents de voiture ou de moto, ça m’a touché. Ça m’a beaucoup perturbé”. Le film est aussi inspiré par son enfance dans la campagne du Queensland, par ses terres rurales et désolées, et le culte que l’on y voue à l’automobile: “La grand-rue, le samedi soir, c’était les jeunes dans leurs voitures. A l’époque, on sortait juste de l’adolescence, mais plusieurs amis avaient déjà été tués ou gravement blessés dans des accidents de la route. Et il y avait juste ces longues routes plates, sans limitation de vitesse…

L’histoire du film est connue. Sur les routes désertiques d’une civilisation en ruine, Max Rockatansky, membre de la Main Force Patrol, affronte un gang de motards shootés à la vitesse et à la violence, mené par le cruel Toecutter (Hugh Keays-Byrne).Toecutter

Mel Gibson est retenu pour le rôle de Max presque sur un malentendu: “j’avais beaucoup bu la semaine précédente (…) J’étais mal en point, on m’avait cassé la gueule. J’ai déposé (Steve Bisley) chez le directeur de casting (…) Ils m’ont dit ‘qu’est ce qu’il t’est arrivé?’ Ils ont pris quelques Polaroïds (…) Ils m’ont dit ‘reviens quand tu ira mieux, on a besoin de monstres pour ce film’. Je suis revenu trois semaines plus tard, il m’ont demandé ‘Qui es-tu? Qu’est ce que tu veux’? J’ai montré les Polaroïds (…) J’ai raconté une blague au gars qui était là. Il m’a dit ‘tu sais conduire?’, j’ai répondu ‘oui’, et voilà j’ai eu le rôle”.Still_06_MelGibson_as_MaxRockatansky__1424882641_90.211.35.223L’argent manque pour tout, y compris pour construire des décors, et le jeune réalisateur veut créer une expérience cinématographique forte. Il fait alors un choix de mise en scène gonflé: placer sa caméra sur le pare-chocs des voitures et à même le bitume, faisant ainsi de la route l’axe central du film. Film_07b_POV__1424881335_90.211.35.223Film_07e_POV__1424881387_90.211.35.223

David Eggby, Mad Max's cinematographer, strapped to Vigilanties Terry Gibson
David Eggby, Mad Max’s cinematographer, strapped to Vigilanties Terry Gibson

Malgré les risques qu’il fait prendre à l’équipe, cette décision stylistique, associée à un montage nerveux, démultiplie la violence ressentie dans les scènes d’action. Le spectateur est placé derrière le volant de la Holden HQ Monaro ’72 du Nightrider (Vince Gil) quelques secondes avant l’impact. Il est aussi dans la bulle de Jim Goose (Steve Bisley) avant que sa Kwaka trafiquée ne l’envoie valser dans les airs…Film_07c_POV__1424881351_90.211.35.223Film_07a_POV__1424881318_90.211.35.223Film_07d_POV__1424881371_90.211.35.223Kawasaki expédie une dizaine de KZ1000 à la production pour faire exister le gang de Toecutter, mais George Miller n’a pas les moyens de payer les billets d’avion aux comédiens. Il leur propose de conduire les motos eux-mêmes entre Melbourne et Sydney: “Ils sont montés sur leurs bécanes, et ont répété en quelque sorte, le fait d’être un gang de motards”. Pour les scènes incluant des donuts et des burnouts, un club local, les Vigilanties donne un coup de main. Film_11_Toecutter_gang__1424881491_90.211.35.223Film_11e_Toecutter_gang__1424881575_90.211.35.223Film_11d_Toecutter_gang__1424881559_90.211.35.223Film_11c_Toecutter_gang__1424881544_90.211.35.223Film_11b_Toecutter_gang__1424881526_90.211.35.223Film_09_Donut__1424881454_90.211.35.223Grant Page, qui a été le prof de combat Mel Gibson au NIDA, coordonne avec son équipe les cascades les plus périlleuses. Still_05_Stunt_GrantPage__1424881829_90.211.35.223Quant à la Kawasaki ‘Kwaka’ de Jim Goose, c’est une KZ1000 de 1977 modifiée, son carénage futuriste ayant été conçu par La Parisienne, une compagnie basée à Melbourne, qui n’existe plus aujourd’hui. Steve Bisley avouera dans un évènement organisé par PopCornTaxi en 2010: “J’ai eu le rôle non pas parce que j’étais bon, mais parce que je savais conduire une moto”.Film_06c_Goose_Kwaka__1424881287_90.211.35.223 Film_06b_Goose_Kwaka__1424881270_90.211.35.223 Film_06a_Goose_Kwaka__1424881234_90.211.35.223 Qualifié de “car porn” (porno de bagnoles) par ses fans, Mad Max dépeint un futur dans lequel les machines dominent ce qu’il reste du monde. En bordure de la route, ne subsistent que des bribes de civilisation, des parenthèses idylliques, qui s’effritent bien vite au contact de la réalité de l’asphalte. ToescuttersGangStill_03_Toecutters_Gang_Clunes__1424881787_90.211.35.223 Still_02_Toecutters_Gang_Chase_Chevy__1424881765_90.211.35.223 Still_01_Toecutters_Gang_Wreck_Chevy__1424881745_90.211.35.223 Still_06_Max_Goose_Standby__1424881869_90.211.35.223Dans les rares scènes chez Max, sur la plage ou en ville, et jusque dans une Chevy Impala de ’59, les personnages sont souvent filmés en train de dormir, à mi-chemin entre nostalgie d’un monde qui a disparu et un désir de fuite. Le van rouge de Max, un Hoden HJ Sandman, montre même un vaisseau spatial au décollage.Film_02b_Sleeping_Max__1424881074_90.211.35.223 Film_02c_Sleeping_Jessie__1424881097_90.211.35.223 Film_02a_Sleeping_Chevy__1424881056_90.211.35.223 Film_05_Hoden_HJ_Sandman_Spaceship__1424881197_90.211.35.223La machine est l’héritage que l’humanité s’est choisi. Hommes et Machines mourront ensemble quand l’ultime goutte de carburant aura été brûlée. “C’est le dernier des V8” dit un mécano halluciné de la MFP, en dévoilant le Coupé Ford Falcon XB GT ’73 modifié, qui servira la vengeance finale du héros. Max, lui paraît hypnotisé par la béance du Supercharger rivé sur le capot. “Il est dans le coma, mec!” rigole Goose. Mais plus qu’hypnotisé par ce graal mécanique, Max doit s’éveiller, tel le dormeur de Dune, et réaliser son destin.Film_01_Supercharger__1424881038_90.211.35.223 Film_00_Max_hypnotizedsupercharger__1424881018_90.211.35.223Après que Goose ait été brulé vif par un gang de bikers, Max tente de démissionner, de se soustraire à la fatalité. Il avoue sa peur à Fifi (Roger Ward) et pressent qu’il commence à prendre trop de plaisir à la vitesse et à la vue du sang: “il n’y a que mon insigne en bronze pour prouver que je fais partie des gentils”. Mais la route ne va que dans un sens. Le retour en arrière est une illusion. L’ombre qui plane sur Max s’agrandit, et les symboles funestes se multiplient dans le film, comme un jeu de piste, qui le mènera à son ultime transformation: têtes de mort peintes sur l’asphalte, charognes et corbeaux sur le bord de la route, et finalement les corps de son meilleur ami, sa femme et son fils.Film_08d_Signs__1424881437_90.211.35.223Film_04b_Max_The_Dark_one__1424881178_90.211.35.223 Film_08c_Signs__1424881422_90.211.35.223 Film_08b_Signs__1424881406_90.211.35.223À la fin du film, après avoir assouvi sa vengeance en décimant le gang de Toecutter, Max a une jambe en miettes et un bras écrasé, mais son coeur bat toujours. Il fend la nuit au volant de sa voiture, le regard fixe. C’est sa destinée et c’est sa malédiction. La douleur a terminé sa métamorphose en chevalier sombre, “The Dark One”, le guerrier de la route qui n’a plus que des larmes d’asphalte à verser.Film_04_Max_Tears_Of_Asphalt__1424881160_90.211.35.223Poster_Australia__1424881676_90.211.35.223Poster_USb_Warner__1424881725_90.211.35.223

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