Spetters

Le sublime teen-movie moto de Paul Verhoeven.

À la guerre, en amour et au cinéma, tout est permis” – Paul Verhoeven.

Pour avoir tourné le film qu’il avait imaginé et défié l’autorité du fond de financement des films hollandais – une version édulcorée du scénario avait obtenu une subvention – Paul Verhoeven est contraint à l’exil. Ses succès précédents, Turkish Delight et Soldier of Orange en tête, ne suffisent pas pardonner l’insolence de l’ex enfant chéri du cinéma hollandais.

À sa sortie, Spetters est qualifié par la presse de “divertissement fasciste”, un collectif anti-Spetters “Nasa-80” tente de faire interdire le film. Le cinéma hollandais vivant alors largement d’aides gouvernementales, Paul Verhoeven ne peut plus tourner. Il pose ses valises à Los Angeles et enchaîne Robocop, Total Recall, Basic Instinct, Starship Troopers, et le mal-aimé Showgirls. Des films qui ont en commun un mélange de profondeur et d’irrévérence, l’ingrédient magique qui transforme les projets de Verhoeven en blockbusters.

En 1980, Spetters témoigne déjà de la perspicacité de son créateur et de son goût pour l’insubordination. Inspiré par une série d’articles sur la violence de gangs homosexuels à Rotterdam, ce teen-movie âpre et réaliste malmène les clichés du genre, s’attaque à la religion et aborde la sexualité de manière frontale. Spetters, qui signifie à la fois “éclaboussures” et “beaux mecs” ou “belles filles”, dépeint aussi une Hollande bien éloignée du modèle de tolérance qu’elle voudrait se donner à l’international.

Three knights fighting for a damsel.
Three knights fighting for a damsel, Spetters, 1980.

Rien, Eef et Hans, trois amis fans de motocross, profitent de leur jeunesse dans la petite ville de Maassluis, en banlieue de Rotterdam. Ils méprisent les règles et la piété d’une classe moyenne austère dont leurs parents sont issus. Ils courent après leurs rêves, modestes et universels: avoir la plus belle fille, de l’argent, et si possible, devenir célèbre.

Hans (Maarten Spanjer), Rien (Hans van Tongeren) , Eef (Toon Agterberg)
Hans (Maarten Spanjer), Rien (Hans van Tongeren) , Eef (Toon Agterberg), Spetters, 1980.
Eef (Toon Agterberg)  on his Honda CB 750 1972
Eef (Toon Agterberg) on his Honda CB 750 1972, Spetters, 1980.
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Rien (Hans van Tongeren), the daredevil, Spetters, 1980.

Eef le garagiste (Toon Agterberg) est capable de remonter un moteur les yeux fermés, Rien (Hans van Tongeren) est l’étoile montante du motocross, Hans (Maarten Spanjer) aimerait avoir l’assurance du premier et le talent du deuxième. La moto offre aux trois garçons un moyen d’échapper à la banalité, au quotidien et ses conventions. Leurs regards sont braqués sur Gerrit Witkamp (Rutger Hauer, doublé par la star du motocross hollandais Gerrit Wolsink), pilote professionnel, qui incarne toutes leurs ambitions.

Rien (Hans van Tongeren), Eef (Toon Agterberg) the blindfolded mecanic, Hans (Maarten Spanjer), Spetters, 1980.
Rien (Hans van Tongeren) shaking hand with idol Gerrit Witkamp (Rutger Hauer)
Idol Gerrit Witkamp (Rutger Hauer) shakes hand with Rien (Hans van Tongeren). Annette (Yvonne Valkenburg) in the background, Spetters, 1980.
Gerrit Witkamp (Rutger Hauer) and Annette (Yvonne Valkenburg)
Gerrit Witkamp (Rutger Hauer) and Annette (Yvonne Valkenburg), Spetters, 1980.

Comme dans de nombreux contes motocyclistes, la moto est l’instrument double de liberté et de mort. Elle prélèvera logiquement sa part de chair avant la fin de l’histoire.

The reaper is never far.
The reaper is never far, Spetters, 1980.

La belle Fientje (Renee Soutendijk) débarque en ville dans son camion à frites. Elle est le révélateur du destin des trois garçons. Gerard Soeteman, scénariste du film : « Spetters est un conte moderne dans lequel trois chevaliers s’affrontent pour une demoiselle, et dans lequel les chevaux sont remplacés par des motos”. La comparaison avec le conte de fées s’arrête là. La princesse ne rêve pas d’amour, mais d’argent. Elle passe donc de bras en bras jusqu’à trouver le moins mauvais parti. Elle met son corps et son sexe au service d’un unique projet: avoir une vie meilleure.

Fientje (Renee Soutendijk) and Rien (Hans van Tongeren)
Fientje (Renee Soutendijk) and Rien (Hans van Tongeren), Spetters, 1980.
Fientje (Renee Soutendijk)
Fientje (Renee Soutendijk) shopping for a fur coat, Spetters, 1980.

Le portrait de cette tentatrice pragmatique a fait bondir certaines féministes hollandaises. Comme si les femmes au cinéma se devaient d’incarner un idéal romantique, comme si l’intelligence ne pouvait être au service que de beaux sentiments. Avec des personnages comme Nomi Malone (Elizabeth Berkley) dans Showgirls ou Catherine Tramell (Sharon Stone) dans Basic Instinct, Verhoeven continuera de proposer des portraits de femmes complexes, loin des clichés véhiculés par les héroïnes de cinéma mainstream.

Nomi Malone (Elizabeth Berkley) in Showgirls 1995.
Nomi Malone (Elizabeth Berkley), Showgirls, 1995.
Fientje (Renee Soutendijk)
Fientje (Renee Soutendijk) Spetters, 1980.

L’homosexualité est l’autre thème polémique du film. Eef (Toon Agterberg) – qui jusque là rançonnait et tabassait les hommes prostitués – s’affirme en tant que gay après avoir subi un viol collectif. Verhoeven, fidèle à son style corrosif, utilise la violence physique pour dénoncer une violence psychologique: celle de la répression exercée par une société toute entière, rongée par l’homophobie.

Eef (Toon Agterberg) attacking a gay man.
Eef (Toon Agterberg), Spetters, 1980.

L’estocade au conservatisme est portée par les séquences mettant en scène la ferveur d’un groupe Chrétien dont fait partie Maya (Marianne Boyer), la petite amie de Rien. La charge n’est pas innocente: Verhoeven a lui-même vécu une crise mystique à la suite de problème personnels dans les années 60. Il a fréquenté brièvement une église pentecôtiste, dont il décrit la pensée comme “sectaire et dangereuse”. Sa réponse au zèle religieux est le réalisme, la démonstration de l’impuissance de Dieu à aider les hommes. Ainsi, Rien paralysé à la suite d’un accident de moto absurde (une mère de famille balance des pelures d’orange par la fenêtre, Rien perd le contrôle de sa machine) n’est pas sauvé par la foi de la communauté, ni même par celle de la femme qui l’aime.

Maya (Marianne Boyer) and Rien (Hans van Tongeren)
Maya (Marianne Boyer) and Rien (Hans van Tongeren), Spetters, 1980.
Maya (Marianne Boyer) and Rien (Hans van Tongeren)
Maya (Marianne Boyer) and Rien (Hans van Tongeren), Spetters, 1980.

A l’aube des années 80, les modèles ont changé. Les nombreuses références à John Travolta  – Grease et Saturday Night Fever sont contemporains – semblent refléter des illusions dont il ne reste que des posters. Sur la piste de danse, c’est sur Iggy Pop (Lust for Life) ou Blondie (Heart of Glass) que cette nouvelle jeunesse se défoule.

Icons of the past. Fientje (Renee Soutendijk) in her trailer.
Icons of the past. Fientje (Renee Soutendijk) with poster of John Travolta in her trailer, Spetters, 1980.

Relevant le défi de mettre en avant des personnages parfois antipathiques, souvent victimes de leurs contradictions et leurs faiblesses, Verhoeven livre un film plein de colère, dans lequel les rêves ne survivent pas au contact de la réalité, mais où quelquefois, la joie du mouvement et de la route illumine la part d’ombre du cœur humain.

Cast with champion Gerrit Wolsink (third from left)
Cast with champion Gerrit Wolsink (third from left)
Rutger Hauer, Renee Soutendijk and Jeroen Krabbe on set.
Rutger Hauer, Renee Soutendijk and Jeroen Krabbe on set.
Cast with cinematographer Jost Vacano (first from left) and director Paul Verhoeven (third from left).
Cast with cinematographer Jost Vacano (first from left) and director Paul Verhoeven (third from left).
Spetters - Dutch poster
Spetters « Hard and Romantic » – Dutch poster.
Spetters - German poster
Spetters – Alt. Dutch Poster.
Spetters - Italian Poster
Spetters – very creative Italian Poster.
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3 réflexions sur « Spetters »

  1. Moi j’utilise mon Color Tattoo en teinte Edgy Emerald pour faire mon double liner =D hihi Mais j’en fais rarement car c’est long si on s’applique vraiment pour faire de beaux traits bien proportionnés et parallèles.J’testerais bien la technique de la tear drop (avec le doré de la Vice Palette !!!).Bisous choupette <3

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