Mad Max Fury Road

Abîme post-apocalyptique et furie mécanique: le quatrième volet de l’épopée de Max par son génial créateur, George Miller.

Dans une vie antérieure, Max Rockatansky était policier de la route, membre de la Main Force Patrol. Après avoir perdu sa famille et s’être laissé consumer par le désir de vengeance, le Dark One est devenu l’apôtre de l’errance volontaire. Le temps s’est chargé d’effacer son nom, son histoire, en même temps que la quasi-totalité de la civilisation.

Cette fois, Max se réincarne en bordure de la Fury Road, pour continuer sa course dans les abîmes de la solitude et de la violence post-apocalyptique.

Opening shot – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment

Le visage et la voix ont changé, mais la silhouette est familière. Ce corps miraculeux, cent fois blessé, recousu, réparé, déterminé à survivre. Le corps de Max, qui pourrait faire sien le credo des Warboys, petits soldats cancéreux d’Immortan Joe: “Je vis, je meurs, je ressuscite”.

Nicholas Hoult as Nux the Warboy – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment

Pendant la première demi-heure du film, Max n’est qu’un “blood bag”, une perfusion à taille humaine pour Nux, le Warboy aux deux tumeurs. Une introduction sidérante, durant laquelle, muselé et contraint, Max ne peut qu’écarquiller les yeux devant l’incroyable barnum déployé par George Miller.

MadMax_FuryRoad_24_BloodBag
Max (Tom Hardy) – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_23_BloodBag
Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment / Photographer: Jasin Boland

Sous sa tente à ciel ouvert, le réalisateur fait défiler monstres, acrobates et même quelques sirènes, à bord de véhicules surpuissants, dont le design outré s’accorde à la personnalité de leurs propriétaires.

MadMax_FuryRoad_48_ImmortanJoe_Army
Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment / Photographer: Jasin Boland

Pas un jour je n’ai cessé de penser: on est fous de faire ça” confie Miller lors de sa conférence de presse au Festival de Cannes, où le film est présenté hors compétition en mai 2015.

16 ans séparent en effet les premiers storyboards et la première européenne du film. Entre-temps, 6 mois de tournage en Namibie suivis de 3 semaines en Australie, 450 heures de rushes, 2 ans de post-production, et un choix formel lourd de conséquences: un maximum de cascades réelles. Autre incongruité pour un projet de cette ampleur, George Miller décide de tourner en 2D, après avoir passé trois ans à développer un système de caméra 3D inédit. Le tout, couronné d’une suprême audace narrative: Fury Road ne sera qu’une seule et grande scène de poursuite. Furiosa, Max et les cinq épouses d’Immortan Joe, à bord d’un camion baptisé “The War Rig”, contre le reste du monde.

Une simplicité parfois reprochée au film, qui n’est ni bavard, ni friand de psychologie. Débarrassé des ficelles narratives des blockbusters hollywoodiens – sa structure en trois actes, son lot d’intrigues secondaires, et dans une certaine mesure, son héros masculin – Fury Road offre pourtant un concentré de matière vive, tout en mouvement et en vitesse. Le montage est confié à Magaret Sixel, qui n’a jamais travaillé sur un film d’action. Miller décrit affectueusement son épouse comme ayant  “un seuil de tolérance à l’ennui très bas”.

Il s’agit donc avant tout d’un spectacle pour les sens, de “musique visuelle”, (d’) »un roman graphique, composé initialement de 3500 storyboards”. La durée moyenne des plans est de 2.3 secondes, et chaque respiration a son importance. Particulièrement marquant, le long plan fixe qui suit un crash dans une tempête toxique. Max émerge du sable au ralenti, comme un Golem. Pause indispensable pour comprendre que son rôle dans Fury Road est moins celui du héros tout-puissant, que celui de second auprès de Furiosa.

Max_Golem
Max The Golem. Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) – ©Warner Bros. Entertainment

150 véhicules ont été construits pour le film. Au final, « seulement » 88 sont utilisés. La maniaquerie dans les détails confine au fétichisme pour chaque engin, et la jubilation de Colin Gibson, le production designer, transpire à l’écran: on a pensé le design (des véhicules) pour qu’il ressemble à la démarche des Warboys: récupérer, assembler, booster, armer, booster, ajouter un porte-gobelet, envoyer à la guerre au son du V8…

MadMax_FuryRoad_03_ColinGibson
Colin Gibson, Production Designer on the set of Mad Max Fury Road (George Miller 2015) ©Warner Bros. Entertainment / DR: Motomag.com

Parmi les véhicules les plus marquants, le War Rig, une diligence steampunk conçue sur la base d’un Tatra T815 Tchèque. “Une machine de guerre de 2000 chevaux, boostée à la nitro”, soit un puissant custom, à l’image de sa conductrice Imperator Furiosa et sa prothèse de bras mécanique.

THE WAR RIG - from vehicleshowcase.madmaxmovie.com - Credit: Warner Bros. Entertainment
THE WAR RIG – vehicleshowcase.madmaxmovie.com – ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_37_Furiosa_WarRig
Imperator Furiosa (Charlize Theron) and The War Rig – Mad Max Fury Road (George Miller 2015) ©Warner Bros. Entertainment / Photographer: Jasin Boland

Le chef de guerre Immortan Joe, se déplace sur le Giga Horse. Sorte de trône roulant, composé de deux Cadillac Coupe DeVille 1959, imbriquées l’une dans l’autre: “dans un monde où il n’existe presque plus rien, l’homme le plus puissant possède un objet en deux exemplaires”, s’amuse Colin Gibson.

The GIGAHORSE - from vehicleshowcase.madmaxmovie.com - Credit: Warner Bros. Entertainment
The GIGAHORSE – vehicleshowcase.madmaxmovie.com – ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_46_GigaHorse
Immortan Joe on his Giga Horse – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment/Jasin Boland

Finalement, le Doof Wagon revisite l’image du petit tambour de guerre, à la démesure du despote. Sur Fury Road, les joutes d’Immortan Joe s’accompagnent d’un concert de rock avec mur d’amplis et d’enceintes, percussionnistes, et guitariste pendu au bout d’un élastique, dont la gratte à double-manche crache des flammes.

DOOF WAGON - from vehicleshowcase.madmaxmovie.com - Credit: Warner Bros. Entertainment
DOOF WAGON – vehicleshowcase.madmaxmovie.com – ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_45_DoofWagon
The Doof Wagon in Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment

Légères, customisables et peu gourmandes en essence, il est logique que les motos aient une place de choix dans un monde où les ressources naturelles sont rares. La rencontre avec les Rock Riders, tribu des canyons en périphérie de la Citadelle, est l’occasion de scènes de combat vertigineuses.

Rock Rider - Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) Credit: Warner Bros. Entertainment
Rock Rider – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015)
©Warner Bros. Entertainment
Rock Riders- Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) Credit: Warner Bros. Entertainment
Rock Riders- Mad Max Fury Road (George Miller, 2015)
©Warner Bros. Entertainment

Leur look primitif – dreadlocks en matériaux recyclés, cornes de cuir et peaux de bêtes – contraste avec leur virtuosité de pilotes. À mi-chemin entre hommes et hyènes, ils sont de redoutables guerriers, capables de mener l’assaut à flanc de montagne. Pour réaliser ces scènes périlleuses, Guy Norris, le coordinateur des cascades (présent sur The Road Warrior, alors qu’il n’a que 21 ans) fait appel à des pilotes professionnels dont le champion Stephen Gall, Robbie Marshall, Cody Mackie, Michael Addison et Shaun Ford. Sur Yamahas YZF 450 et Gas Gas TXT250 custom, ces derniers réalisent sauts et attaques chorégraphiées. Des cascadeurs viennent en renfort pour les plans de crashes.

Plus surprenant encore, Les Vuvalinis, un gang de bikers exclusivement féminin, dont la doyenne “La Gardienne des Semences” approche les 80 ans.

MadMax_FuryRoad_29_Vuvalini
Vuvalini – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_30_Vuvalini
Vuvalini – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment

Tribu nomade, elles chevauchent des routières anciennes. Harley’s, BMW’s et une Goldwing customisées pour rouler dans la sable, mais aussi raconter leur survie et évoquer leur féminité: tapis, couvertures, coussins et traîneau, mais aussi réservoirs sculptés, plumes et gris-gris.

30 ans séparent le dernières aventures de Max et Fury Road, pourtant le film fourmille “d’Easter Eggs”, ces détails qui semblent ne s’adresser qu’aux fans de la première heure, et fortifient le mythe. Citons, entre autres, le fusil à canon scié, l’insert d’yeux exorbités, la boite à musique, l’épaulette de Furiosa… et jusqu’au retour d’Hugh Keays-Byrne, Toecutter dans le premier Mad Max, sous les traits d’Immortan Joe.

MadMax_FuryRoad_54_EasterEgg
Easter Egg – A familar black eye. Max/Mel Gibson in Mad Max (1979) VS Furiosa/Charlize Theron in Fury Road (2015)
MadMax_FuryRoad_57_EasterEgg
Easter Egg – Music Box. Max/Mel Gibson in Thunderdome (1985) VS Toast The Knowing/Zoe Kravitz in Fury Road (2015)
MadMax_FuryRoad_58_EasterEgg
Easter Egg: Foot Message. Nightrider/Vince Gil in Mad Max (1979) VS Nux/Nicolas Hoult in Fury Road (2015)
MadMax_FuryRoad_56_EasterEgg
Easter Egg: sawn-off double-barreled shotgun – Max/Mel Gibson in The Road Warrior (1981) VS Max/Tom Hardy in Fury Road (2015)
Toecutter
ToeCutter / Hugh Keays-Byrne (Mad Max, George Miller, 1979)
Immortan Joe / Hugh Keays-Byrne (Mad Max Fury Road, George Miller, 2015)
Immortan Joe / Hugh Keays-Byrne (Mad Max Fury Road, George Miller, 2015)

La face baroque du film, portée par les personnages et leurs véhicules, contraste avec la charge émotionnelle de ce néo-western. Si Miller annonce qu’“initialement, il n’y avait aucune ambition féministedans l’histoire, Eve Ensler, l’auteur des Monologues Du Vagin, se rend sur le tournage pour s’entretenir avec les actrices qui incarnent les Cinq Épouses. Au final, le message sur l’absolue nécessité de l’émancipation de la femme est défendu haut et fort, valant au film d’être qualifié de “Féministe Badass” – un comble pour une franchise de ce genre.

MadMax_FuryRoad_28_FiveWives_Message
« We are not things » – Miss Giddy (Jennifer Hagan) – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment
MadMax_FuryRoad_27_FiveWives_Message
« Our Babies will not be warlords » – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment

La richesse et la diversité des questionnements politiques – radicalisation de la jeunesse, désastre écologique global, main-mise des puissants sur les ressources naturelles –  finit d’épater.

MadMax_FuryRoad_26_FiveWives_Furiosa
From LtoR: Abbey Lee/The Dag, Courtney Eaton/Cheedo the Fragile, Zoe Kravitz/Toast the Knowing, Furiosa/Charlize Theron, Riley Keough/Capable – Mad Max Fury Road (George Miller 2015) ©Warner Bros. Entertainment/Jasin Boland
MadMax_FuryRoad_35_Furiosa_Portrait
Furiosa / Charlize Theron – Mad Max Fury Road (George Miller, 2015) ©Warner Bros. Entertainment/Jasin Boland

Mad Max Fury Road fait partie des films rares, qui rendent au cinéma populaire ses lettres de noblesse. Il nous leste d’images, de sons, de sensations et de rêves. Tant qu’il nous faut rester là encore quelques minutes après le générique de fin, partagé entre la nécessité de revenir au réel, et le désir de rester encore quelques instants dans l’univers imaginé et augmenté par George Miller.

Grosse machine, dotée d’un cœur et d’un cerveau, Fury Road renoue le dialogue avec d’autres galaxies cinéphiles, brillantes et lointaines, quelque part entre l’inventivité de Méliès et la folle énergie de Buster Keaton. Il ne nous reste plus qu’à nous émerveiller.

Official US Poster #1 – Design by Art Machine – Mad Max Fury Road (George Miller 2015) ©Warner Bros. Entertainment/Jasin Boland
MadMax_FuryRoad_07_Poster_ArtMachine_A
Official US Poster #2 – Design by Art Machine – Mad Max Fury Road (George Miller 2015) ©Warner Bros. Entertainment/Jasin Boland
MadMax_FuryRoad_05_PosterPosse_Tribute_JohnAslarona
Tribute Poster for Fury Road – Poster by John Aslarona for Poster Posse

 

Facebooktwittergoogle_plusinstagramFacebooktwittergoogle_plusinstagram

2 réflexions au sujet de « Mad Max Fury Road »

  1. Excellent article. Et je te rejoins en tous points sur cette oeuvre extraordinaire. Dans tous les sens du terme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.