Florent Lamouroux

Où se cache le motard ? Derrière la visière de son casque, sous le cuir de sa combinaison ? Florent Lamouroux se joue des stéréotypes formels, à la recherche du sens de la vie.

Lorsque l’on enfile le blouson, le casque et les gants, volontairement ou non, on entre dans le moule d’un personnage particulier, prêt à se conformer aux codes sociaux: le Code de la route, les traditions spécifiques (salut de la main ou du pied). Quelle part de nous même succombe donc aux contraintes du moulage ? De loin, toutes les figures se ressemblent, toutes les silhouettes paraissent identiques, lisses et conformes. Pourtant, en s’approchant jusqu’à toucher la matière et ses aspérités, en jouant avec la figurine, en la positionnant de différentes façons, on crée une histoire, on recompose un récit. Subtilement, le jeu permet de se réapproprier l’identité dissimulée, de découvrir l’individu caché sous la carapace de plastique.

Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux, photo ©Rebecca Fanuele
Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux, photo ©Rebecca Fanuele
Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Le Motard ©Florent Lamouroux

Le Motorcycle Boy pose son casque, bas les masques, et rencontre Florent Lamouroux pour discuter du sens de la vie.

Motorcycle Boy: Aux motards passionnés, amateurs d’art et curieux de mieux vous connaitre, comment vous présenteriez-vous ?

Florent Lamouroux: Comme une personne qui aime le monde dans sa diversité… et donc les motards amateurs d’art !

Le motard est-il une figure particulière dans votre série « Le sens de la vie » ?

Le sens de la vie est une réflexion sur les rapports qu’entretiennent postures/vêtements/outils et qui nous définissent et parfois nous réduisent à une fonction, un rôle, une activité.

Enfant, je jouais avec une moto à friction de plastique chromée et son motard. Ce dernier était rouge et grossièrement réalisé. On pouvait l’enlever de sa monture, mais il gardait sa posture assise, les mains tournées de façon à ficher le guidon de la moto entre les doigts et les pieds inclinés pour toucher la pédale d’embrayage.

Un jour, j’ai perdu la moto. Il ne me restait plus que la figurine, dont la posture définie ne pouvait permettre aucune adaptation à d’autres jeux. Plus tard, j’ai pensé que cette incapacité du jouet à s’adapter à d’autres contextes de jeu, du fait même de sa fonction, était une représentation intéressante.

Comme à mon habitude, j’ai donc reproduit cette figurine à taille humaine en moulant des feuilles de plastique sur mon propre corps.

L’oeuvre, composée de trois exemplaires, peut être interprétée comme une métaphore de notre rapport au monde du travail: si on nous enlève ce pour quoi nous sommes faits, à quoi servons-nous ? Quel est « le sens de la vie » ? J’aimais l’idée d’une sculpture dépourvue de socle, qui ne peut se tenir seule et qui doit être parfois posée négligemment, voire maladroitement, rendant son interprétation différente à chaque fois.

Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux
Le sens de la vie, Homomoto ©Florent Lamouroux

Avec “Homomoto”, le mouvement est-il concentré dans la machine seule, confisqué au pilote qui en subit pourtant les effets ?

« C’est le regardeur qui fait l’oeuvre » disait  Marcel Duchamp, artiste et grand fan de (mono)cycle.

Dans mon intention première, il n’était pas forcément question d’évoquer un mouvement quelconque. Je voulais davantage souligner la posture du pilote de moto sur sa monture… cette sorte corps à corps… cette proximité à la fois vitale et sensuelle presque un prolongement de ce dernier, un tout indissociable.

J’ai donc entrepris de créer une sculpture représentant un homme-moto… ou une moto humanoïde. J’ai réalisé un moulage en sac plastique et ruban adhésif métallisé du carénage d’une Kawasaki KRS1, puis, de la même manière, de mon propre corps dans une posture calquée sur les attributs mécaniques de la moto (fourche et pots d’échappement). J’ai ensuite imbriqué ce corps sous le carénage qui devenait alors comme une nouvelle peau… le corps de l’homme devenait mécanique. Le titre s’est imposé de lui-même: Homomoto !

Burn ©Florent Lamouroux
Burn ©Florent Lamouroux
Burn ©Florent Lamouroux
Burn ©Florent Lamouroux
Burn ©Florent Lamouroux
Burn ©Florent Lamouroux

Réalisée pour votre exposition personnelle « Revêtements » à l’Angle de La Roche Sur Foron, “Burn” est une installation composée de rubans adhésifs transparents, sérigraphiés d’un motif barbelé. Quel en est le sens ?

Une sorte de course de rouleaux s’opère sur le sol et les murs… il y a une analogie entre le pneu et le rouleau, mais également entre le motif de trace de pneu et celui du barbelé, de telle manière que la trace suggérée de la moto dessine les limites d’un espace vierge. Cela revient un peu faire ses propres traces en ski dans la neige: en toute liberté, vous créez des espaces…

La moto comme symbole, que représente t’elle ?

La liberté.

La moto comme sensation, qu’évoque t’elle ?

Je pense que cela dépend de la bécane… puissance et vitesse, je présume, pour les grosses cylindrées… et la liberté dans tous les cas…

Votre référence favorite de la culture moto ?

Je suis né en 80 et j’ai grandi avec la télé… j’ai forcement un penchant pour les motos dans les séries et dessins animés: Judoboy, X-Or, Cobra ou Akira… avec leur moto (ou sidecar) rouge qui roule ou qui vole ! Chips pour le côté funky west coast des motards qui « cruise » sur les routes de Californie !

Quel est votre rapport personnel à la moto ?

Une balade en campagne, l’été, à l’arrière d’une 125 custom… je devais avoir sept ou huit ans.

Dans un monde sans moteur, quel serait votre véhicule ?

Deux ailes dans le dos !

Casting, Le biker ©Florent Lamouroux
Casting, Le biker ©Florent Lamouroux
Casting, Le pilote de moto de course ©Florent Lamouroux
Casting, Le pilote de moto de course ©Florent Lamouroux

Merci, Florent Lamouroux !

À découvrir absolument: le site de Florent Lamouroux.

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2 réflexions au sujet de « Florent Lamouroux »

  1. ça me parle ces petits motards, c’est toute mon enfance ! Quand je pense que certains perdent leur temps à dauber sur l’art contemporain au lieu de créer…

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