Le Chaos mécanique d’Hubert Dobler

C’est sa pratique de la moto et sa proximité quotidienne avec la machine qui inspirent l’œuvre d’Hubert Dobler. Parfois, chaos et rpm, parfois la route qui s’ouvre comme les allées d’un musée à l’échelle de la planète.

Il y a un aspect brutal dans le travail d’Hubert Dobler, l’esthétisme peut être relégué au second plan au profit de l’impression immédiate, de la charge émotionnelle. L’art réside dans la sensation, dans l’expérience. Voilà une démarche qui suscite évidemment l’intérêt du motard, facilement enflammé par les hurlements d’un moteur en révolte, toujours ému par l’âcre fumée d’un pneu tourmenté. Le Motorcycle Boy interroge l’artiste, instigateur d’une terminale révolte des machines.

©Hubert Dobler
©Hubert Dobler

Motorcycle Boy: Comment aimes tu te présenter ?

Hubert Dobler: Je suis autrichien, je vis et travaille à New York depuis 2001, j’ai un diplôme d’ingénieur, j’ai étudié l’architecture pendant deux ans à l’Université technique de Vienne et obtenu un master à l’Académie des Beaux-arts de Vienne. Un voyage de trois mois à moto dans le désert du Sahara, en 1986, m’a définitivement changé.

Comment as-tu choisi de mêler l’art et la moto ?

C’est arrivé par nécessité. J’ai été invité à participer à une exposition de groupe, « Soho in Ottakring » à Vienne (2000), j’étais fauché, je n’avais pas de studio. En prenant ma moto pour repérer l’emplacement de l’exposition, j’ai eu l’idée de jouer avec ce véhicule, une Husqvarna 510 TE de 1988. j’ai installé un guidon de six mètres de long (un tuyau droit) sur la moto et je l’ai baptisée « Glider ». « Glider » occupait quatre places de stationnement juste en face de la galerie, pour toute la durée de l’exposition (quatre semaines). Dès le premier jour, nous étions confrontés à des difficultés pour laisser la sculpture en place, et c’est là que j’ai commencé à aimer les interactions entre mon art et l’espace public.

Rabbit ©Hubert Dobler
Rabbit ©Hubert Dobler
Bull ©Hubert Dobler
Bull ©Hubert Dobler

Tes créations/machines sont enchaînées, abandonnées par leur conducteur, contraintes à fonctionner d’une manière inhabituelle. Cherches tu à exprimer mécaniquement des sentiments très humains, tels que la rage et la colère, ou à simplement semer la peur et le chaos dans l’esprit du spectateur ?

Mon travail tourne autour du chaos et utilise des «outils masculins», comme des motos, des tronçonneuses, ou des bétonneuses, en enregistrant les traces que ces machines génèrent lorsqu’elles sont autorisées à exister hors de leurs utilisations classiques. En démontant et en réarrangeant les objets hors de leurs contextes, j’examine les liens affectifs et viscéraux que le spectateur peut éprouver lorsque les machines sont abandonnées et fonctionnent de manière autonome. C’est une exploration de différents personnages, d’une manière ludique, comme avec « Bull », « Rabbit », « Horse », « Glider » ou « Roundabout2 ». Je les utilise, en abuse, et quand elles cassent, je les répare et les utilise à nouveau.

Roundabout2 ©Hubert Dobler
Roundabout2 ©Hubert Dobler

Vers 2005, tu as entrepris un voyage entre New York et Miami sur une vieille Honda CB750 baptisée « 1ft3 Galerie Mobile », équipée d’une boîte transparente contenant deux de tes œuvres. C’est probablement l’une des performances rapprochant le plus physiquement l’art et la moto que je connaisse. Quels souvenirs gardes tu de cette expérience ?

La « 1ft3 Mobile Gallery » est une boîte en plexiglas transparent fixée comme un Top Case à l’arrière de ma moto, là où l’on range habituellement un casque ou des bagages. J’utilise la « 1ft3 Mobile Gallery » pour exposer mes œuvres, et inviter d’autres artistes à montrer leur propre travail. C’est une superbe expérience de prendre la route avec ma « Galerie Mobile ». Les gens sont très curieux de cette boîte en plexiglas, désireux de découvrir les «trucs» placés dans la boite. Un marqueur effaçable est attaché à la « 1ft3 Mobile Gallery » invitant les gens à laisser leurs commentaires, écrire leurs impressions.

Était-ce plutôt de l’art, une expérience à moto, ou un parfait mélange des deux ?

C’était, et c’est encore un projet destiné à explorer de nouvelles possibilités, à exposer des idées.

1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler
1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler
1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler
1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler
1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler
1FT3 Mobile Gallery ©Hubert Dobler

Qu’en est-il de « Spoken Map”, un voyage à moto de New York jusqu’au Nevada sans carte routière ?

En 2003, je suis parti de New York sur une Honda XR600, vers l’ouest. Pendant ce voyage de cinq semaines, le plus souvent sur le réseau secondaire, je demandais aux gens de m’indiquer la direction du Nevada, que j’ai fini par rejoindre sans jamais utiliser de carte. Ce fut une expérience merveilleuse, les gens me décrivaient l’endroit où nous étions et m’expliquaient où je devais aller ensuite. Parfois, heureusement, ils enrichissaient la rencontre en partageant leurs histoires. Je n’oublierai jamais ce fermier rencontré dans un restaurant, quelque part dans le Midwest, et la journée entière passée à l’écouter, suivie d’une nuit de campement supplémentaire, au même endroit, dans un grand champ de tournesols.

Spoken Map ©Hubert Dobler
Spoken Map ©Hubert Dobler

La moto comme symbole, que représente t’elle ?

L’individualité, la puissance, comme un cheval ou un taureau avec beaucoup d’énergie en réserve.

La moto comme sensation, qu’évoque t’elle ?

C’est une impression géniale que de s’assoir sur un moteur qui vibre de partout, qui sent l’huile et l’essence, d’essorer la poignée à fond, et de décoller comme une fusée vers l’inconnu, tout en claquant les vitesses.

Tes références favorites de la culture moto ?

Les films: The Great Escape (La grande évasion), Easy Rider, On Any Sunday.

Le sport: J’aime bien regarder les courses de motocross/supercross, les courses d’endurance off-road comme le Dakar ou la Baja 1000, et aussi le Moto GP.

Ta moto idéale ?

Ma première moto alimentée par essence était un cyclo Puch M50 Cross, puis, j’ai eu une vieille Suzuki 350 pour mon voyage de trois mois dans le désert algérien. Plus tard, j’ai participé à l’un des premiers Erzberg Rodeo en Autriche, avec une Husqvarna 510TE de 1988. Maintenant, je possède aussi une Honda CB550 et deux CB750s des années 70 (simples et magnifiques motos classiques) et une KTM450 pour rouler sur les sentiers et les pistes hors de New York. J’utilise toutes mes motos pour rouler aussi bien sur les routes que sur les chemins, et aussi pour mon travail artistique, comme les objets cinétiques « Bull » et « Roundabout2 » ou les “burned rubber paintings”. Ce ne sont pas forcément des motos idéales, mais j’en tire beaucoup de plaisir, surtout quand je peux lever une roue avant de temps en temps.

Ta plus belle route ?

Une longue et large piste en terre avec quelques virages.

La plus grande qualité d’un motard ?

Pas sûr, je ne pense pas que rouler à moto implique certaines qualités particulières.

Dans un monde sans moto, quel serait ton véhicule ?

Une soucoupe volante, mes jambes, un vélo, une voiture, le train, le bateau, l’avion, une fusée…

Dans un monde sans moteur, quelle serait ton inspiration ?

La nature.

Hans ©Hubert Dobler
Hans ©Hubert Dobler
Hans2 ©Hubert Dobler
Hans2 ©Hubert Dobler
©Hubert Dobler
©Hubert Dobler

Merci Hubert Dobler !

Pour prolonger l’expérience, suivez Hubert Dobler sur son site et son compte Instagram.

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3 réflexions au sujet de « Le Chaos mécanique d’Hubert Dobler »

  1. Une oeuvre totale et incarnée comme je les aime.

    Aurait dû figurer à « Motopoétique » (MAC Lyon, 2014) !

    Mea Maxima Culpa!

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