Un médecin généraliste n’a pas le pouvoir de retirer le permis d’un patient, même en cas de pathologie sévère. Seul un médecin agréé par la préfecture peut statuer sur l’aptitude à la conduite, à l’issue d’un examen médical réglementé. Pourtant, de nombreux patients découvrent tardivement l’existence de cette procédure et l’obligation légale de déclaration de certaines maladies.Des diagnostics comme l’épilepsie, le diabète sous insuline ou des troubles psychiatriques figurent parmi les motifs de signalement. L’absence de signalement expose à des sanctions pénales et à la nullité des assurances en cas d’accident.
Comprendre les enjeux de l’aptitude médicale à la conduite
La conduite automobile va bien au-delà d’une histoire de volant et de pédales : chaque déplacement exige une attention de tous les instants, des gestes vifs, une perception aiguisée de l’environnement. Quand la santé d’un conducteur se transforme, la question n’est plus de savoir comment, mais si l’on peut encore prendre la route. Lié par le secret médical, le médecin traitant n’a pas la possibilité d’informer la préfecture d’un risque sans l’accord de la personne concernée. Cette discrétion protège la relation de confiance, mais transfère la responsabilité sur le jugement de chacun, et sur la vigilance collective.
Le code de la route pose une règle nette : toute personne atteinte d’une maladie contraire à l’aptitude routière engage sa responsabilité pénale et peut perdre sa couverture d’assurance. Pour le praticien, faire connaître au patient ses devoirs en lien avec sa santé devient un volet central de son métier. Beaucoup ignorent qu’ils doivent signaler eux-mêmes, lors d’un contrôle médical pour le permis, certaines affections comme l’épilepsie ou un diabète nécessitant de l’insuline.
Voici les aspects majeurs à retenir sur ce sujet :
- Une évaluation approfondie des capacités mentales et physiques
- L’obligation de démarche volontaire en cas de maladie incompatible
- Le respect absolu du secret médical, hormis situation urgente de danger vital
Des examens médicaux réguliers limitent les drames sur la route. Considérer chaque rendez-vous médical comme une contribution concrète à la sécurité, pour tous. D’ailleurs, en 2023, près d’un retrait de permis sur vingt résultait d’une inaptitude médicale identifiée. Ce dispositif n’a de force que par la coopération : conducteurs responsables, médecins formés et préfectures vigilantes.
Quels médecins sont habilités à restreindre ou interdire la conduite ?
Dans le domaine de la conduite automobile, la possibilité d’interdire la conduite pour raisons médicales ne revient pas à tous les médecins. Le médecin de famille écoute, accompagne, alerte, mais n’a pas le dernier mot sur la validité du permis. Cette décision revient uniquement à une catégorie précise : les médecins agréés par la préfecture, formés pour réaliser les examens médicaux réglementaires pour le permis.
Ces professionnels interviennent lors des visites médicales imposées, après signalement, infraction ou lors d’un renouvellement pour motif de santé. Leurs prérogatives : vérifier l’aptitude à conduire, examiner le dossier médical et appliquer les critères prévus par la loi. Si le dossier est complexe, pathologie évolutive, addictions, association de plusieurs maladies, c’est la commission médicale départementale, composée de deux médecins agréés, qui tranche. La décision est alors prise collectivement, sur la base de l’état de santé et des risques impliqués.
Voici les deux modes d’intervention retenus :
- Médecin agréé : il reçoit le conducteur individuellement et prend position sur l’aptitude à la conduite
- Commission médicale : elle examine les situations les plus complexes ou discutées
Le pouvoir d’interdire la conduite naît exclusivement d’une procédure administrative formelle. Si l’inaptitude est prononcée, la préfecture et l’usager en sont officiellement informés. Suspendre ou restreindre le permis ne peut donc se faire que dans ce cadre précis, appuyé sur des constats médicaux détaillés.
Critères médicaux : quelles pathologies peuvent remettre en cause le permis ?
La législation prévoit une liste d’affections incompatibles avec la conduite que les médecins agréés suivent scrupuleusement. L’arrêté du 28 mars 2022 affine cette liste : certaines maladies rendent impossible l’obtention ou la conservation du droit de conduire.
En pratique, les troubles neurologiques font souvent figure de cas limite : problème de mémoire, baisse de l’attention, gestes imprécis après un AVC ou une pathologie cognitive grave, rien n’est laissé à l’appréciation légère. Il en va de même pour les maladies cardiovasculaires : un rythme cardiaque instable ou des crises non contrôlées suffisent à rendre la conduite dangereuse, tant que l’état n’est pas stabilisé par un spécialiste.
Les addictions (alcool, substances psychoactives) reviennent régulièrement comme motif de retrait de permis. Même sans usage massif, la répétition altère la concentration et la réactivité.
Lors des examens médicaux dédiés, plusieurs maladies sont examinées de près :
- troubles psychiatriques majeurs impactant la lucidité
- déficits visuels sérieux (champ de vision restreint, estimation des distances altérée)
- complications graves du diabète provoquant des hypoglycémies incontrôlées
Une distinction cruciale existe entre maladies évolutives et états stabilisés : avec un traitement efficace et une surveillance adaptée, il est parfois possible de continuer à conduire, à condition d’obtenir l’accord médical et un permis limité dans sa validité.
Conseils pratiques pour les conducteurs concernés par une restriction médicale
Découvrir qu’une mention médicale s’ajoute à son permis est un véritable bouleversement. Certains s’interrogent, d’autres s’inquiètent. Une première étape : agir avec rapidité et lucidité, en consultant sans attendre son médecin traitant ou le médecin agréé chargé du dossier. Ces professionnels identifient le bon protocole médical, organisent le suivi, et éclairent sur la conduite à tenir selon l’évolution de la pathologie.
Le dialogue sincère avec le professionnel de santé reste le meilleur outil. Lors de la visite médicale, collectez toutes les précisions possibles : durée de validité du permis, nécessité d’un véhicule aménagé, possibilité de nouveau passage devant la commission si un désaccord apparaît. Dans certains cas, troubles du sommeil stabilisés, affection cardiaque contrôlée, la conduite reste envisageable sur autorisation limitée et sous suivi. Il s’agit de toujours vérifier la date de validité, les conditions de surveillance et les échéances.
L’administration met à disposition la liste des centres de contrôle, les procédures à suivre et tous les documents à réunir. Préparez un dossier solide : traces écrites des avis médicaux, comptes-rendus, résultats de bilans récents. Si un aménagement du véhicule (par exemple une boîte automatique ou un pédalier adapté) est rendu nécessaire, ce point sera noté sur le permis, sous la forme d’un code spécifique.
Pour vous organiser face à ces démarches, adoptez ces habitudes fondamentales :
- Conservez systématiquement une version à jour des documents médicaux officiels
- Respectez scrupuleusement les dates de contrôle prévues
- Signez immédiatement tout signalement de changement dans votre état de santé
Ces règles administratives, parfois rigides sur le papier, sont avant tout le rempart contre les dérapages sur la route. Tenir son permis à jour, c’est choisir la prudence collective. Sa validité se transforme parfois au rythme de la vie : ce n’est pas automatique, c’est le fruit d’une attention et d’une exigence renouvelée.

