La musique de la route

Le King Elvis sur la route, Rock ‘n’ Roll et culture moto à jamais connectés.

Entre double échappement et tourne-disque, l’écart n’est pas si vaste. À l’origine, Elvis. Big Bang du rock n’roll, le King et sa Harley associent pour toujours le cheval de fer et le son d’une nouvelle ère.

Motards et rockers, nous étions pareils, coïncidant au point d’afficher la même identité : vestes et bottes en cuir, marginalité, individualisme, révolte et liberté. Faire du bruit et foncer pour exister !

Motorcycle Elvis__La musique de la route

En 1969, Peter Fonda et Dennis Hopper réalisent la synthèse d’une nouvelle mythologie. Easy Rider, où la moto participe comme poste d’observation et objet de culte à l’exploration d’une Amérique idéalisée des sixties, dans une quête spirituelle perdue d’avance, si ce n’est celle de la reconnaissance d’un mode vie en marge : l’héritage des beatniks qui s’insinue à la croisée des supports, au cinéma, en littérature et musique. Autour de la moto se concentrent désormais les codes d’une culture transversale, la poésie d’un Thom Gunn (The Sense Of Movement, 1957), Marlon Brando en rebelle menaçant (The Wild One, 1953), ou les guitares saturées du rock post-Hendrix.

Easy_Rider__La_musique_de_la_route_1000

Le mouvement est lancé, liberté et rébellion, moto et rock’n’roll s’engagent dans une course à la puissance. L’âge d’or du Continental Circus (la domination d’Agostini en championnat du monde), et l’émergence du Heavy Metal dans le sillage de Black Sabbath et Led Zeppelin, genre aux multiples facettes nommé d’après le Born To Be Wild de Steppenwolf – « …Heavy metal thunder… », figurant sur la bande-son de Easy Rider, hymne inusable de générations de motards, ajustant parfaitement ses accords tranchants au rythme saccadé des pistons.

Sense_of_movement__La_musique_de_la_route_1000

Le Rock et la moto, univers déjà connectés à l’aube des années soixante poursuivent leurs trajets parallèles, instaurant un style commun, lunettes et blousons noirs, dans le même rejet d’une société conservatrice et étriquée. Mais tout n’est pas que fureur là où convergent musique et moteurs. Il y a la beauté des mélodies, les rythmes syncopés, le déhanché ou la finesse d’une trajectoire millimétrée. Les vagues à l’âme du musicien et les sensations du biker partagent parfois une troublante proximité : la solitude de la route, la différence, l’absence d’attaches qui tracent le contour de leurs existences respectives. Ainsi les motards se reconnaissent-ils instinctivement dans la chanson emblématique de Bob Seger, Turn The Page, décrivant les errances et la lassitude du rocker en tournée. Sa reprise par Metallica en 1998 souligne l’évolution des deux univers dans le même sens : l’attachement à une époque magnifiée, mais toujours plus vite, plus fort.

Une autre concordance existe dans la relation ambigüe avec la mort, l’ultime barrière contre laquelle personne ne peut lutter. Il s’agit ici de l’ignorer, d’en rire, ou de la reléguer au rang de simple éventualité. Le moment présent constitue la seule certitude, pourvu qu’on le vive intensément. En 1986, Motörhead résume cet état d’esprit dans un titre marquant de la philosophie rock’n’roll : Built For Speed.

« I was born to rock’n’roll, everything I need, I was born with the hammer down, I was built for speed ».

Que l’on choisisse les sillons d’un disque ou l’essence et l’huile de moteur, il suffit de brancher l’ampli, de pousser le kick. Rien de meilleur ici-bas que la certitude d’être sur la bonne voie.

Born to be wild__La musique de la route

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