Black Rain

Skyline de Manhattan sur fond de ciel grenadine. Nick Conklin chevauche sa Harley Evo Sportster, mullet dans le vent, clope au bec, aviators sur le nez. Une ballade rock égrène ses symboles: “ma vie est faite de sable, il s’écoule entre mes mains (…) mais je tiendrai le coup*”. Le loup solitaire retrouve d’autres bikers sous le pont de Brooklyn, le temps d’un défi : Nick sur sa Harley contre un blanc-bec sur GSX 1100F. L’expérience contre la jeunesse, et déjà, l’Amérique contre le Japon.

Sur la ligne d’arrivée, c’est prouvé, Nick a la plus grosse (bécane).

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Nick Conklin (Michael Douglas) on Harley Evo Sportster (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Bikers meet up under the Brooklyn bridge (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Harley Evo Sportster VS Suzuki GSX 1100F 1988 (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Nick Conklin (Michael Douglas) victorious after the race (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Incarnation du sex-appeal à l’américaine dans les années 80, et déjà deux fois oscarisé**, Michael Douglas est sommet de sa carrière lorsqu’il découvre le scénario de Black Rain. À 45 ans, l’acteur cherche de nouveaux défis et un retour à des rôles physiques. L’histoire imaginée par Craig Bolotin et Warren Lewis, explore les relations Est / Ouest sous l’angle du film d’action:  “J’ai pensé (…) qu’il y avait quelque chose d’irrésolu entre nous et le Japon, un mélange d’hostilité et d’admiration dans les deux camps” (Michael Douglas, NY Times, 1989).

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Michael Douglas as Nick Conklin (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Michael Douglas as Nick Conklin (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Michael Douglas as Nick Conklin (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Il confie la production au duo de Liaison Fatale, Stanley R. Jaffe et Sherri Lansing, pour mieux se concentrer sur le rôle de Nick Conklin, flic brutal et corrompu, à la poursuite de Sato, yakuza sanguinaire en fuite à Osaka. Jaffe et Lansing offrent d’abord le film à Paul Verhoeven, mais le projet est lent à démarrer. Le hollandais en exil à Hollywood préfère se consacrer à la préparation de Total Recall. Black Rain est finalement proposé à Ridley Scott.

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Ridley Scott directs Michael Douglas (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Si Black Rain s’inscrit à première vue dans la lignée des ‘buddy-movies de flics’ qui trustent le haut du box-office de l’époque (48 Heures, Le Flic de Beverly Hills, L’Arme Fatale…) le film de Ridley Scott affirme rapidement sa différence. Mis à part la gouaille très 80’s de Conklin, capable de balancer des perles du genre “Fuck you very much!”, la noirceur des personnages, l’esthétique du film et son sous-texte politique, le rangent plutôt du côté des thrillers post-apocalyptiques, une sorte de méditation pop sur les effets néfastes de la guerre entre le Japon et les États-Unis.

L’essentiel de l’action se déroule à Osaka, quarante ans après la double tragédie de Hiroshima et Nagasaki. La mise en scène de la ville rappelle le Los Angeles futuriste, sombre et chaotique de Blade Runner. Fumées blanches, sols humides, néons éclairant la nuit… La ‘Black Rain’ désigne la pluie toxique qui garantissait une mort atroce aux survivants du drame nucléaire.

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Osaka: chaos, neons and smoke (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Nick Conklin (Michael Douglas) and Charlie Vincent ( Andy Garcia) lost in Osaka. (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

L’idée de ‘contamination’ hante le film, et va bien au-delà de l’argument écologique. Black Rain parle de la corruption des valeurs japonaises de l’honneur et du respect de l’autorité, par l’idéologie américaine. La question de la réconciliation entre les deux cultures est toutefois aussi importante que la rédemption personnelle de Nick, qui forcément, passera par l’arrestation de Sato.

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Yakuza Sato (Yûsaku Matsuda) on Suzuki TS250-X 1984 (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Two sides of the same coin: Sato (Yûsaku Matsuda) vs Nick Conklin (Michael Douglas), (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Comme annoncé, le choc des cultures est brutal, et le film n’échappe à un certain nombre de clichés: les japonais sont stoïques et s’habillent mal. Les américains rêvent de geishas et ne savent pas manger avec des baguettes. Les deux camps oublient leurs différences, par la grâce de l’alcool et du karaoké.

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White men can’t eat with chopsticks, Michael Douglas and Ken Takakura (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Nick Conklin (Michael Douglas) and Masahiro Matsumoto (Ken Takakura), (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

La moto, heureusement, fait souffler un vent d’air frais sur ces idées simplistes, et contribue à filer la métaphore. Les premières minutes du film sont un ravissement pour les amateurs du genre: Nick est aux États-Unis, sur son terrain, sur sa bécane. Son arrogance est décuplée. Sa Harley écrase une Japonaise lors d’une course improvisée, résultat dont on pourrait douter s’il n’était pas fictionnel.

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Michael Douglas on Harley Sportster Evolution 1200, made to look like a Harley 1000 XLCR Cafe Racer, custom fairings and body kit by Tracy Fairings (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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The starting line (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Michael Douglas and stunt double Mike Runyard (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Lorsque Nick et son partenaire Charlie (Andy Garcia) se retrouvent à Osaka, le rapport de force s’inverse. Perdus dans la ville tentaculaire, les deux policiers sont pris à partie par un gang de bosozoku sur Suzuki GSX-R 1100 et TS250-X 1984. Nick et Charlie en ressortent humiliés, mais indemnes. L’intimidation n’a pour but que de préparer l’affrontement véritable, un nouveau ballet motard au dénouement glaçant: dès la nuit suivante, Charlie est décapité par Sato, alors que Nick assiste, impuissant, à la scène.

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Bosozoku gang bullies Nick and Charlie (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Bosozoku gang bullies Nick and Charlie (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Sato (Yûsaku Matsuda), (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Charlie’s (Andy Garcia) last moments, (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Il faut attendre la fin du film pour revenir à l’équilibre. Nick reconnait ses erreurs, admet qu’il n’est qu’un étranger (un ‘gaijin’) et comprend qu’il ne pourra coffrer Sato seul. Il accepte l’aide de Matsumoto (Ken Takakura), son homologue japonais, et met au point un traquenard avec l’appui du parrain local Sugai (Tomisaburô Wakayama).

La course finale, miroir de la poursuite ouvrant le film, oppose Nick et Sato, enfin à égalité sur Suzuki TS250-X. Nick rattrape Sato, mais renonce à le tuer (Ridley Scott avait toutefois tourné les deux versions) se plaçant ainsi aux antipodes de la logique américaine d’auto-défense et d’une certaine idée du héros yankee. Le voyage initiatique touche à sa fin. Le flic à l’honneur retrouvé, peut rentrer chez lui.

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Final chase through vineyard, mirrors the opening scene (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Nick Conklin (Michael Douglas) chooses honour over self-vengeance, (Black Rain, Ridley Scott, 1989)

Rarement un film hollywoodien aura donné une telle place symbolique et narrative à la moto, c’est probablement ce qui fait de Black Rain, avec le choix courageux de Douglas d’incarner un personnage antipathique, la photo sublime de Jan De Bont, et la première collaboration entre Hans Zimmer et Ridley Scott, un film qui résiste au temps qui passe, et une référence du film de motards.

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Michael Douglas as Nick Conklin, (Black Rain, Ridley Scott, 1989)
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Ad from Tracy Fairings

* I’ll be holding on (Zimmer – Jennings. Int: greg Allman)

** En tant que producteur pour One Flew Over The Cuckoo’s Nest, puis pour son interprétation de Gordon Gekko dans Wall Street

Black_Rain, Ridley Scott, 1989. Original Film Poster
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4 réflexions au sujet de « Black Rain »

  1. Il passe à la télé là. Je me dis « Mazette ! Nostalgie ! J’avais oublié mais je l’avais vu à sa sortie. Mais comment ai-je pu oublier? Ce côté sombre, ces bécanes,…Vite, faut signaler ça à Motorcycle boy…si cela lui a échappé. Ah ! Ah ! Tu parles. Excellent article. C’est vraiment parfait. La scène d’intro, le départ arrêté avec la Suzuke et la HD, c’est du lourd, tout de même…Et au Japon, c’est pas du Takeshi Kitano mais ça dépote quand même !

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