LaChapelle, valves et pistons en gros plan

David LaChapelle capture nos obsessions modernes, le sexe, le luxe, la consommation et l’apparence. La fascination un peu honteuse qui nous trouble ou nous révolte, à la limite du porno soft, mises en scène figées, ultra-colorisées.

Nicki Minaj and Ricky Martin for MAC ©David LaChapelle

La pub, c’est pas de l’art. C’est sûr. Mais les supports de la pub, les affiches dans la rue, les vidéos, les encarts dans les magazines, permettent à l’artiste de s’exposer comme dans une galerie gratuite et universelle. Pour ceux qui doutent, il suffit de regarder les murs de votre salon, peut-être se souvenir de votre premier appartement, ou même de votre chambre d’enfant, d’ado. Il y a surement une affiche de cinéma, un film, une pièce de théâtre, un concert, l’inusable Jim Morrison ou l’incontournable Bob Marley, et des photos de famille, de potes et de voyage. Et la pub pour la Gex arrachée d’un magazine moto ? La Supercinq GT Turbo scotchée au-dessus du bureau ? Une Lambo noire ou une F40 Rosso Corsa ? Non ? À moins d’être gravement masochiste, ou carrément dénué de personnalité au point d’accrocher un cadre Ikea vendu avec sa photo présélectionnée, on affiche ce que l’on aime, ce qui nous ressemble et nous fait vibrer.

D’abord opposé à l’idée de publier ses photos dans les magazines, LaChapelle passe par le Studio 54 et la Factory de Warhol. Il entrevoit alors l’immense pouvoir de la publicité comme support créatif, l’opportunité de s’exposer au plus grand nombre. Son oeuvre s’inscrit largement dans cette démarche, tout en exacerbant les codes de la consommation au profit d’une réflexion sur les obsessions de notre monde.

Mod Squad ©David LaChapelle
Pam Anderson for Amelie Pichard, 2016 ©David LaChapelle

Les inspirations culturelles se mélangent, sans complexes, la composition d’un tableau de la Renaissance italienne au même niveau que l’apparente vulgarité d’une starlette maquillée à la truelle. Il n’y a plus vraiment de jugement de valeur à propos de l’image, plus de débat daté entre l’Art majeur et les arts mineurs, les références s’associent et coexistent librement. Dans un registre comparable, on pense à Jean-Baptiste Mondino pour le côté pop et les portraits, et à Helmut Newton pour le glamour et l’érotisme.

©David LaChapelle
Lil’Kim, 2000 ©David LaChapelle

Avec la moto, il passe les styles en revue. Des Choppers, teintes pastels et swinging 60s, au FMX sauvage des 90s, néons à fond, jusqu’à la ZX6-R jaune zébrée de 2001 lestée de l’icône des années 80, Pam Anderson. La bécane comme accessoire, finalement. La performance de l’image.

Pamela Anderson for Iceberg, 2001 ©David LaChapelle
Pamela Anderson for Iceberg, 2001 ©David LaChapelle
Dolly Parton ©David LaChapelle
Leo DiCaprio, 1995 ©David LaChapelle
Katy Perry for GHD, 2011 ©David LaChapelle

Il explore d’autres pistes, parfois, comme cette série: les stations-service d’un futur proche. On a tous un faible pour ces lieux de passage si familiers (surtout la faiblesse du réservoir), et j’aime bien l’idée d’un monde sans routes, parsemé de relais lumineux cachés dans la nature qui reprend ses droits. L’écart entre l’illusion passée d’abondance et la réalité d’une civilisation qui s’écroule. Faites le plein comme si c’était le dernier !

Gas Shell, 2013 ©David LaChapelle
Gas Chevron, 2013 ©David LaChapelle
Gas BP, 2013 ©David LaChapelle
Gas AMPM, 2013 ©David LaChapelle
Gas 76, 2013 ©David LaChapelle
Self-Portrait Caffination ©David LaChapelle
Self-Portrait Caffination ©David LaChapelle
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